Dans le cratère d’ Aden

12.7855° N, 45.0187° E Aden, Yemen (Péninsule Arabique)

Un jour, une histoire…

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80 pays photographiés en 30 ans. Une photo et une histoire par post. 
Un objectif : raconter la beauté du monde. Vous me suivez?

Elles viennent de l’Afrique noire. Elles échouent aux portes du grand royaume, leur Eldorado, leur phare : l’Arabie Saoudite. Objectif? Devenir nourrice d’une famille saoudienne. 7 jours de travail sur 7, nourries, logées, tutorisées, infantilisées, deshumanisées. Passeport confisqué et pas de sorties sans le « tuteur ». La Madame de a maison donne les ordres. Si elle est magnanime, elle donne le dimanche quelques heures de repos. Mais qui la blâmera si elle ne le fait pas? A la fin du mois: 60 USD de salaire. Union Express. A Addis Abeba, Kinshasa ou Mogadiscio, les familles attendent. De quoi nourrir et surtout éduquer les enfants laissés sur place. Personne ne songe à se plaindre: maman est partie pour ramener de l’argent. Grand-Maman assurera l’éducation, tant qu’elle tient le coup.

Continuer la route, quel que soit le coût physique et moral

« Je vous demande maintenant si elle est bien juste, la loi qui ordonne à celui qui n’a rien, de respecter celui qui a tout»

Donatien Alphonse François de Sade, La Philosophie dans le boudoir, 1795.
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Aino le sait, elle doit montrer qu’elle est digne de qa mission. Son prénom veut dire « la seule ». Et pour cause, elle est enfant unique. Pas le choix. Si elle veut assurer un avenir à son fils de 3 ans en Ethiopie, elle doit réussir. Pour l’instant, elle est coincée dans le port d’Aden. Et pas dans le bon quartier. Dans celui des putes. Ici, on appelle un chat, un chat. Aino n’a pas la langue de bois. Elle sait que sa voie n’est pas sans issue. Si elle arrive à grapillyer quelques billets sur chaque passe, elle pourra continuer sa route avec un passeur vers Sanaa puis passer la frontière pour aller à Djeddah, son rêve. Une ville au bord de la mer. Elle ne sais pas pourquoi, elle sent que c’est l’endroit où elle réussira. Et puis sa cousine est partie là-bas. Plus de nouvelles depuis 3 ans. Qui sait? Elle la retrouvera peut-être? En attendant, il faut bien travailler. « On me donne un petit bout de pain et des pois chiches à midi et du riz le soir », m’explique la jeune migrante. « Il n’y a quasiment pas d’eau et les toilettes sont bouchées et débordent, même là où nous mangeons. On est 6 filles ensembles, venues du Soudan, d’Uganda, de Somalie ou d’Ethiopie. L’odeur, on s’y est habitué. Je fais avec, à vrai dire, je ne sens plus rien…Sauf la chaleur, qui nous tue.

Esclaves modernes

La demande croissante en personnel domestique dans la Péninsule Arabique encourage la migration de femmes originaires d’Éthiopie et de la Somalie. Pendant leurs périodes d’expatriation, les migrantes mettent en œuvre plusieurs stratégies pour réussir un retour synonyme d’ascension sociale. D’après les diverses études en cours, le « retour » pour être un «  rester » abouti et définitif doit passer par d’innombrables allers/retours internationaux suivis par des mobilités localement renouvelées. Même si les droits de ces femmes migrantes tendent à s’améliorer sous la pression internationale, elles sont des dizaines de milliers d’Ethiopiennes, de Somaliennes, de Marocaines ou encore d’Egyptiennes employées comme bonnes à tout faire dans les pays du Golfe. Poussées par la pauvreté et les conflits, elles sont prises en charge par des agences avec pignon sur rue qui « les vendent » à des employeurs pour toutes sortes de tâches : nettoyage, cuisine, garde des enfants… Les employeurs, et parfois les agences de recrutement, leur retirent leurs passeports pour éviter qu’elles ne s’enfuient. 

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), 3,8 millions de travailleurs domestiques travaillaient en 2016 dans les pays du Golfe : Oman, Koweït, Arabie saoudite, Qatar, Barhrein et Emirats arabes unis. L’Arabie saoudite absorberait les deux tiers de cette main d’œuvre (2,42 millions de personnes). Au Koweït, elle représente 22% des personnes en âge de travailler, c’est dire si elle est essentielle à l’économie de ces pays.

F.Burlet – Reportage sur la Prostitution au Yémen (Aden). UAE SDG photographe Award 2016. Copyright protected F.Burlet

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