Curupira, démon des bois

Au cœur de l’Amazonie, au Brésil, les Tauary invitent à écouter les sons des oiseaux et animaux de leur forêt. Certains sons étranges apparaissent parfois. On lève alors les yeux au ciel, tentant d’apercevoir dans le ramage, cette drôle de créature qui circule entre les arbres. Parmi ceux qui l’ont déjà entendue, très peu l’ont vue. Et ceux qui l’ont aperçue, n’en sont jamais revenus. Elle envoûte, elle charme, elle rend fou ceux qui la suivent, elle elève ceux qui tentent de résister à son enchantement, les poussant à se perdre dans la jungle épaisse. A chacun son histoire,  à chacun son appel.  Ecoutez donc les histoires du Curupira…

 Curupira, petit démon des bois, nous emmène à la découverte des mythes et à réfléchir sur leur place dans le monde contemporain, par une forme de thriller sonore en pleine jungle. Le Curupira (prononciation portugaise : [kuɾuˈpiɾɐ]) est une créature mythologique du folklore brésilien. Cette créature partage quelques similarités avec les fées de l’Afrique de l’Ouest et les elfes européens, mais elle est souvent considérée comme une figure démoniaque.

Son nom provient de la langue tupi-guarani, kuru’pir, signifiant « couvert d’ampoule ». Selon la légende, cette créature aurait des cheveux orange et ressemblerait à un petit homme ou un nain, mais avec des pieds tournés en arrière. Le Curupira vivrait dans les forêts brésiliennes et utiliserait ses pieds retournés pour créer des empreintes menant à son point de départ. Ceci rendrait la chasse au Curupira plus que compliquée et rendraient les chasseurs et les voyageurs fous! En plus de cela, il pourrait créer des illusions ou mirages et produire des sons ressemblant à un sifflement aigü, visant à effrayer et à plonger dans la folie ses victimes. Il est courant de représenter le Curupira chevauchant un pécari à collier, comme une autre créature brésilienne appelée Caïpora.

Le Curupira n’a qu’un seul objectif: il chasse les braconniers et les chasseurs qui prélèvent plus de gibier que nécessaire pour leur subsistance. Il attaque aussi les gens qui prennent pour cible les femelles en gestation ou avec leur progéniture. Il y a plusieurs versions de cette légende, avec des variantes sur l’apparence et les habitudes de cet être étrange et parfois même attachant, selon les région du Brésil. Cependant, le Curupira est considéré comme une figure folklorique dans tout le pays.  La coutume indienne est de lui faire des offrandes avant d’aller chasser.

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Voici l’une des versions  de la légende: Curupira marchait dans la forêt quand il rencontra un chasseur indien profondément endormi. Curupira avait très faim et pensa à dévorer le cœur de l’homme endormi. Mais le chasseur se réveilla. Surpris de voir Curupira, il ne montra pas qu’il avait peur.

Curupira lui dit :

– Je veux un morceau de ton cœur !

Le chasseur, qui était très malin, se souvenant qu’il avait attrapé un singe, lui donna un morceau du cœur de l’animal. Curupira y goûta. Cela lui plut et il voulut tout manger.

– J’en veux plus ! Je veux le reste ! dit-il

Le chasseur lui donna ce qui restait mais demanda en échange un morceau du cœur du Curupira.

Curupira crut le chasseur s’était ôté le cœur sans souffrir et sans mourir.

– D’accord dit le Curupira, prête-moi ton couteau.

Le chasseur lui tendit son couteau et s’éloigna le plus possible, craignant de prendre un coup de couteau.

Le Curupira se planta le couteau dans la poitrine et tomba, mort. Le chasseur n’attendit pas son reste et prit ses jambes à son cou, courant plus vite que les animaux les plus rapides …

Quand il arriva au village, il avait la langue pendante et promit qu’il ne retournerait jamais en forêt. Il pensa :

– Je m’en suis sorti cette fois-ci, mais pas la prochaine fois.

 

Pendant une année, l’Indien ne voulut pas entendre parler de la forêt. Quand on lui demandait pourquoi il ne quittait jamais le village, il s’excusait en disant qu’il était malade.

Le chasseur avait une fille qui était très coquette. Comme il y avait une fête bientôt au village, elle demanda à son père un collier différent de tous ceux qu’elle ait jamais vu. L’Indien qui aimait beaucoup sa fille réfléchit à comment satisfaire sa demande. Il se souvint alors des dents vertes du Curupira. Elles seraient parfaites en collier.  Il partit donc dans la forêt où il avait laissé le corps de Curupira. Après avoir cherché, encore et encore, il retrouva le squelette recouvert par l’herbe du sous-bois. Ses dents vertes brillaient au soleil, ressemblant à des émeraudes.

Luttant contre son dégoût, il attrapa la tête de Curupira et commença à la taper contre le tronc d’un arbre, pour faire tomber les dents. Imaginez sa surprise quand il s’aperçut que Curupira revenait à la vie ! Il était là, devant lui, comme si rien ne s’était passé !

Heureusement, Curupira crut que le chasseur l’avait ressuscité volontairement, et il était très content :

– Merci beaucoup ! Vous m’avez rendu la vie et je ne sais pas comment vous remercier !

L’indien sut qu’il ne craignait rien et répondit à Curupira qu’il ne lui devait rien, mais celui-ci insista qu’il voulait absolument le remercier. Curupira réfléchit un peu et dit :

– Prends cet arc et cette flèche. Ils sont magiques. Il suffit que tu vises un oiseau ou un animal que tu veux chasser et que tu lâches ta flèche. Elle ne ratera jamais son but. Tu ne reviendras jamais bredouille. Mais, maintenant, écoute bien : ne tire jamais sur un oiseau ou un animal en groupe, car tu serais attaqué et dépecé par ses compagnons. Tu as bien compris ?

L’Indien acquiesça et depuis lors il n’est jamais revenu sans gibier. Il n’y avait qu’à pointer une flèche et zás ! Le gibier tombait, raide mort. Il devint ainsi le plus grand chasseur de sa tribu. Où qu’il passait, il était vénéré et admiré.

Un jour alors qu’il chassait avec des Indiens de sa tribu qui l’entouraient plein d’admiration, il se sentit tellement important que, lorsqu’il vit un vol d’oiseaux qui s’approchait, il en oublia la recommandation de Curupira…et tira.

Il ne tua qu’un oiseau, mais comme Curupira l’avait dit, il fut attaqué subitement par la horde des oiseaux rendus fous par la perte de leur compagnon!

Tous les autres Indiens s’enfuirent en courant et il resta seul à se défendre. Le pauvre Indien fut mis en morceaux par les oiseaux. Sa tête partit d’un côté, son bras d’un autre, une jambe par ici, une autre là-bas… Curupira en fut très peiné. Il récolta alors de la cire et alluma un feu pour la faire fondre. Il récupéra les morceaux du chasseur et les recolla avec la cire. L’Indien revint à la vie et se leva :

– Merci tellement ! Je ne sais comment te remercier !

– Tu ne me dois rien répondit Curupira, mais fais bien attention. C’est la première et dernière fois que je pourrai te sauver ! Ne bois pas, ne mange rien qui soit chaud, sinon la cire fondra !

Pendant quelque temps l’Indien fit très attention à ne pas manger chaud. Personne ne savait ce qui lui était arrivé. Un jour cependant, sa femme prépara un repas chaud si appétissant qu’il en oublia que la cire pouvait fondre. Il avala le repas et, non seulement la cire fondit, mais… lui aussi!

FIN

Video Full credits : Felix Blume.

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