9.3126° N, 42.1227° E Harar, Ethiopie.
Un jour, une histoire…
Pour une invitation au VOYAGE, j'ouvre mes archives de photos professionnelles. 80 pays photographiés en 30 ans. Une photo et une histoire par post. Un objectif : raconter la beauté du monde. Vous me suivez?
Abbas a 40 ans. Il habite depuis toujours dans le marché de Magala, à Harar, la 4ème ville sainte de l’Islam, en Ethiopie. Il est boucher. Comme son père avant lui. Lorsqu’il était petit, ils se réunissaient le soir à la fenêtre, pour regarder les hyènes. Elles sortaient lentement de la brousse la nuit, pour dévorer les détritus du marché. Leurs rires lui glaçait le sang. Personne n’approchait: Charognardes mais aussi chasseuses, ces sinistres ricaneuses tuent vite, en démembrant.
A 11 ans, fasciné, il sort la première fois de sa chambre en douce, pour les nourrir des débris de l’étal familial et tenter de les apprivoiser. Depuis, chaque soir, à la lumière de ses phares de voiture, il poursuit son rituel pour les enfants du village et les rares visiteurs. Ses hyènes, il les connait par coeur, sur plusieurs générations: « Sheeba est la plus futée et la moins sauvage. Mais sa mère Naomi était incroyable! Elle faisait fuir les autres pour me garder pour elle! Plus intelligentes que les chimpanzés, plus astucieuses que les lionnes, elles ne te regardent jamais, ne semblent pas communiquer, mais elles lisent en toi. Ne cherche pas à feinter : tu perdrais une main… Deux hyènes réduisent un buffle de 200 kg à une paire de cornes et à une flaque de sang en quelques minutes. Les femelles sont dominantes. Elles ont un taux de testostérone plus élevé que les mâles. Elles ont même un , le savais-tu? » me disait-il, en souriant, son regard planté dans le mien, tout en caressant le pelage tacheté de Sheeba, sa préférée. Inoubliable.
Harar, Ethiopie, 2016.

